Table des matières
Partie 1 – Pour une bifurcation écologique et sociale
Partie 1 – Pour une bifurcation écologique et sociale
Chapitre 3 : Les grands chantiers de la bifurcation écologique
Planifier l’adaptation au changement climatique
Le changement climatique est commencé. Les mandats Sarkozy, Hollande et Macron nous ont fait prendre du retard dans les batailles pour y faire face et s’y adapter. Il y a urgence à planifier la bifurcation écologique de notre économie en lançant de grands chantiers pour relever ce défi. Notre plan peut créer plusieurs centaines de milliers d’emplois et réduire massivement le chômage.
Mesure clé
Engager un plan global de rénovation de nos infrastructures pour les adapter au changement climatique
- Lancer un plan de dépollution de la Méditerranée, ainsi que de nos façades maritimes et fonds marins de l’océan Atlantique, de la mer du Nord, de l’océan Indien et de l’océan Pacifique
- Rénover l’intégralité des réseaux d’eau et d’assainissement pour limiter les fuites et garantir le droit humain à l’eau et à l’assainissement
- Lancer des grands travaux de rénovation des voies ferrées et de réouverture des lignes et gares fermées ces trente dernières années
- Investir dans l’efficacité et la sobriété énergétiques, ainsi que dans les projets énergétiques innovants comme les énergies marines renouvelables
- Accélérer la modernisation et l’enfouissement du réseau de lignes à haute tension
- Réaliser un diagnostic national des ouvrages d’art (ponts, viaducs, digues, barrages) et les consolider
- Reconstituer de manière durable nos capacités productives dans le secteur du bois et fixer les unités de production au plus près des massifs forestiers : sciage, menuiserie (meubles, charpentes, constructions écologiques), production de panneaux, cartons et pâte à papier
- Planifier le développement de filières d’écoconstruction en matériaux biosourcés et géosourcés (dont bois, terre, paille), imposer des quotas dans la commande publique
- Augmenter les effectifs et les moyens des forces de sécurité civile
- Planifier l’installation de solutions de rafraîchissement dans les hôpitaux, les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), les écoles, les lieux collectifs et les espaces publics (réseaux de fraîcheur urbains, climatisation, végétalisation, ombrières, etc.)
- Imposer la gratuité de lieux refuges, rafraîchis en cas d’alerte canicule (piscines publiques, médiathèques, musées, etc.)
- Planifier une stratégie nationale de sobriété métal, qui permette une utilisation de minerai conforme aux besoins collectifs et à l’intérêt général humain
Le droit à l’eau dans les Outre-mer
Dans tous les Outre-mer, les ruptures d’accès à l’eau potable se multiplient malgré la mobilisation des habitants. L’inaction prolongée des gouvernements quant à cette situation est un cas avéré de racisme environnemental. La moitié de l’eau potable se perd à cause des fuites de réseaux de canalisation laissés à l’abandon. Un grand plan d’investissement et d’adaptation des infrastructures s’impose pour garantir le droit à l’eau aux populations des Outre-mer.
Mesure clé
Garantir, quoi qu’il en coûte, l’accès à l’eau courante potable à tous les habitants des Outre-mer
- Rétablir une distribution d’eau de bonne qualité et en volume suffisant dans les territoires d’Outre-mer où le service public de l’eau est défaillant
- Lancer des travaux urgents pour remplacer, notamment en Guadeloupe, les canalisations des réseaux d’eau potable et d’assainissement via un financement de l’État
- Adopter la régie comme mode de gestion de l’eau et de l’assainissement tout en prévoyant des sanctions conséquentes lorsque les délégataires, concessionnaires et fermiers ne remplissent pas leurs obligations contractuelles, notamment en matière d’entretien des réseaux
- En cas de pénurie, déclencher un plan visant à la distribution de bouteilles d’eau (plan ORSEC-eau), en plafonnant leur prix, dans tous les endroits où le service public de l’eau potable et de l’assainissement est défaillant
- Annuler la dette citoyenne résultant du problème de facturation des anciens opérateurs et/ou d’impayés pour service non rendu et cesser le recouvrement forcé de celle-ci
- Garantir que ni la dette existante, ni les investissements à venir des opérateurs de l’eau, ne seront répercutés sur la facture des usagers
- Mettre en œuvre un plan d’urgence pour résoudre la crise de l’eau à Mayotte
Développer les transports publics écologiques, repenser la mobilité individuelle
Le transport ferroviaire a été sacrifié au nom de la concurrence. Des gares et des milliers de kilomètres de lignes ont été fermés depuis 1970. Les camions envahissent désormais nos routes. La libéralisation du rail empêche toute politique de bifurcation écologique. Il est urgent de relocaliser les productions et de réduire les distances entre bassins de vie et bassins d’emploi.
Mesure clé
Créer un pôle public des transports et de la mobilité
- Mailler tout le pays de transports publics interconnectés combinant trains, transports collectifs urbains et interurbains, vélos
- Renationaliser la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) et refuser la mise en concurrence des lignes de transport
- Stopper la suppression des lignes ferroviaires du quotidien et en réouvrir, augmenter le nombre et la fréquence des trains tout en garantissant des tarifs accessibles, maintenir et réimplanter des guichets physiques dans les gares
- Réduire le prix des billets de train, notamment en mettant fin à la gestion algorithmique des prix
- Revenir sur la liquidation de Fret SNCF, poussée par la Commission européenne et mise en place par les gouvernements Macron
- Développer massivement le fret ferroviaire, notamment le wagon isolé, et rendre obligatoire le raccordement des plateformes logistiques au réseau ferré, dès lors qu’aucune contrainte écologique n’existe
- Développer les transports publics à la demande hors des zones denses en transport public
- Supprimer les lignes aériennes intérieures quand l’alternative en train est inférieure à quatre heures
- Rétablir le plan Vélo supprimé par la Macronie et porter les investissements à la hauteur des besoins pour assurer la sécurité des cyclistes
- Limiter la taille, le poids et les dimensions des SUV autorisés à la vente
- Utiliser la commande publique et le leasing social pour diffuser les voitures électriques légères et à prix modeste
- Décréter un moratoire sur les zones à faibles émissions (ZFE) dans leur conception actuelle, dont les critères induisent des inégalités sociales et une trop grande tolérance à l’égard de certains véhicules, notamment les SUV, qualifiés à tort de non-polluants
- Garantir le droit à la mobilité et l’accès aux réseaux dans les collectivités peu dotées en transports collectifs par le soutien aux garages solidaires et une aide suffisante à la réparation dans le cadre du contrôle technique
- Adopter un plan de développement du ferroutage et de report modal (cabotage maritime, fluvial et par dirigeable)
- Interdire les vols de nuit dans tous les aéroports français entre 23 h et 6 h et réduire le nombre de créneaux de décollage disponibles le reste du temps
- Renationaliser les autoroutes en revenant sur les hausses de prix passées, ainsi que les aéroports stratégiques
Organiser le 100 % d’énergies renouvelables
Les énergies fossiles sont polluantes et responsables du changement climatique. Macron nous a fait perdre dix ans pour en sortir. Le nucléaire n’est pas non plus une solution d’avenir. Il y a donc urgence à engager la bifurcation de notre modèle énergétique pour rattraper notre retard et affronter le dérèglement en cours. Pour réduire les émissions de GES, nous devons atteindre 100 % d’énergies renouvelables.
Mesure clé
Planifier le passage à 100 % d’énergies renouvelables avec un double mot d’ordre : sobriété et efficacité énergétiques
- Atteindre le 100 % d’énergies renouvelables au plus tard en 2060, en commençant par organiser la sortie des énergies fossiles avant 2050 par la montée en puissance des énergies renouvelables, la sobriété et l’efficacité énergétiques
- Arrêter les subventions aux énergies fossiles, y compris à l’étranger
- Planifier la fermeture progressive des centrales nucléaires existantes en ne prolongeant pas au-delà de 60 ans leur durée de vie et arrêter le programme de nouveau nucléaire (EPR2)
- Mettre fin au projet d’enfouissement des déchets nucléaires et poursuivre la recherche pour trouver une solution permettant leur traitement à long terme
- Mettre en place une convention collective unique pour les travailleurs du nucléaire et arrêter l’utilisation massive de la sous-traitance, tout en garantissant leur reconversion au fur et à mesure des fermetures de centrales
- Planifier le déploiement de technologies de stockage d’énergie et de mécanismes nécessaires à l’équilibre d’un système énergétique 100 % renouvelable
- Remettre en place des tarifs réglementés de l’énergie, calculés à partir des coûts de production, pour les particuliers comme pour les entreprises, les collectivités locales et les bailleurs sociaux, tout en y incluant des objectifs sociaux, comme la gratuité des premières quantités indispensables à une vie digne
- Annuler la libéralisation du marché de l’électricité et du gaz : stopper la privatisation des barrages hydroélectriques, créer un pôle public de l’énergie en lien avec des coopératives locales et EDF, et en renationalisant Engie
- Revenir sur les hausses abusives du prix du gaz
- Favoriser partout sur le territoire le recours aux diverses sources d’énergie les plus adaptées aux conditions météorologiques et géographiques, refuser la méthanisation à outrance
- Abroger la loi qui a fusionné l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et garantir leurs moyens respectifs
Réussir la rénovation énergétique
Dans notre pays, 10 000 personnes meurent chaque année de la précarité énergétique. Au rythme actuel, il faudrait 2 000 ans pour achever la rénovation thermique d’un parc immobilier dont un logement sur deux est une bouilloire et/ou une passoire thermiques. Alors que le dérèglement climatique s’accélère et que les épisodes caniculaires s’amplifient, il y a donc urgence à engager dès maintenant un plan d’envergure.
Mesure clé
Refaire l’isolation d’au moins 700 000 logements par an
- Se doter d’un service public ambitieux en charge de la planification, du financement, de l’organisation de la rénovation énergétique pour mettre fin prioritairement aux situations de précarité énergétique
- Privilégier les rénovations complètes, interdire réellement la location des passoires thermiques, renforcer les programmes de détection des passoires énergétiques
- Créer un droit opposable à la protection contre les fortes chaleurs, qui oblige les bailleurs à équiper les logements présentant des risques de surchauffe pour les rendre habitables (volets, stores, brasseurs d’air, films solaires)
- Remplacer progressivement tous les chauffages au fioul et au gaz fossile par des systèmes n’émettant pas de GES comme des pompes à chaleur
- Conditionner l’attribution de labels écologiques à l’obtention de résultats énergétiques concrets et vérifiés pour les bâtiments neufs comme pour les rénovations thermiques dans les bâtiments anciens
- Se donner les moyens de la rénovation énergétique : développer les formations aux métiers de la rénovation et de l’adaptation des bâtiments, mettre en place un « guichet unique » public à destination des propriétaires pour les aider à rénover leurs biens
- Réduire l’impact écologique des travaux : développer l’écoconstruction avec des matériaux biosourcés et géosourcés (bois, terre, paille)
- Optimiser les usages de l’énergie dans tous les secteurs, notamment dans le tertiaire (extinction nocturne des bâtiments, équipements LED obligatoires) pour réduire la demande globale en énergie
Rompre avec la maltraitance animale
Le retour des zoonoses (Covid-19, grippe aviaire, rage) et la cruauté infligée aux animaux par notre modèle agricole productiviste sont liés. La lutte contre la maltraitance animale est un aspect central de la quête d’harmonie avec la nature. Rompre avec le système économique qui abaisse les êtres sensibles au rang de marchandises est un progrès pour l’humanité.
Mesure clé
Interdire les fermes-usines
- Contre les émissions de GES et la maltraitance animale, réduire de 50 % notre consommation moyenne de protéines animales (viande, poisson, produits laitiers, œufs)
- Limiter les temps de transport des animaux vivants, puis en finir progressivement avec les exportations d’animaux vivants
- Créer un haut-commissariat dédié à la condition animale
- Prohiber les pratiques cruelles : élevage de poules et de lapins en batterie, broyage des oisillons, ablation de la queue, etc.
- Interdire le commerce de la fourrure et l’élevage d’animaux, même domestiques, à cette fin
- Déterminer de nouvelles normes pour améliorer les conditions d’élevage : accès à l’air libre, pâturage, densité, surface minimale
- Bannir l’utilisation des animaux à des fins scientifiques en orientant la recherche vers des méthodes non animales
- Interdire les pratiques de chasse, de pêche et de « loisirs » dès lors qu’elles sont cruelles pour les animaux (déterrage, chasse à courre, pêche au vif, corrida, exploitation des animaux sauvages dans les cirques et les delphinariums, etc.)
- Remplacer les zoos fermés où les animaux sont en captivité par des sanctuaires, lieux de découverte, de préservation d’espèces menacées et de recherche
- Instaurer un moratoire sur les élevages de saumons et interdire préventivement les élevages de céphalopodes avant qu’ils ne se développent en France
Consommer autrement, organiser une France « zéro déchet »
La planète croule sous les déchets. À l’heure actuelle, nous ne pénalisons pas le mésusage des ressources, mais en privons ceux qui ne peuvent payer. Nous devons sortir du cercle vicieux qui consiste à produire plus pour consommer plus. Avec la « règle verte », nous changerons de logique. Préférons la société du réparable et du durable à celle de l’obsolescence programmée et du tout-jetable.
Mesure clé
Structurer un service public du réemploi, avec la mise en place de formations pour certains métiers (électricité, électronique, bâtiment, textile)
- Organiser un maillage de mines urbaines, recycleries et ateliers de réparation dans tout le pays
- Abolir l’obsolescence programmée et allonger les durées de garantie légale des produits
- Interdire immédiatement et réellement les plastiques à usage unique et charger l’Agence de la transition écologique (ADEME) de contrôler la bonne application de cette loi
- Restaurer la consigne sur les bouteilles et bocaux en verre
- Rendre obligatoires le réemploi, le compostage individuel ou collectif, le recyclage (dans cet ordre de priorité), et généraliser, financer et accélérer la mise en place de filières de réemploi et de substitution aux matériaux d’origine fossile
- Imposer l’écoconception des produits afin de limiter l’utilisation de ressources non renouvelables, ainsi que des formations dédiées au low-tech et à l’écoconception dans toutes les écoles publiques d’ingénieurs et de design
- Généraliser l’indice de durabilité des produits (possibilité d’être réparé, durée minimale de vie, etc.) ; encadrer le prix des pièces de rechange et contraindre les fabricants à ce qu’elles soient disponibles à la vente ; empêcher la mise sur le marché de produits qui auraient un score de durabilité insuffisant
- Faire reculer la publicité dans l’espace public, interdire le dépôt de prospectus publicitaires commerciaux dans les boîtes aux lettres, ainsi que les panneaux publicitaires numériques
- Proscrire, sur tous types de supports, la publicité des produits et des services les plus émetteurs de GES et les plus générateurs de déchets
- Diminuer le temps de publicité à la télévision
- Interdire les mentions publicitaires mensongères comme les étiquettes « neutre en carbone », qui trompent les consommateurs et leur font croire à une absence d’impact sur le climat de certains produits
- Instaurer un moratoire sur les nouveaux projets d’incinérateurs de déchets et mettre en place un plan de lutte contre les pollutions de ces installations, notamment contre les polluants éternels (PFAS)
- Réorganiser les filières « responsabilité élargie du producteur », en donnant la priorité à la réduction des déchets
Souveraineté alimentaire et révolution agricole : pour une agriculture écologique et paysanne
La France n’est plus souveraine sur sa production alimentaire. Pour la première fois depuis très longtemps, elle est même en déficit agricole. La faute à un modèle promu par des choix politiques dictés par la seule recherche du profit. L’agrobusiness met à mal notre capacité à nous nourrir, détruit les écosystèmes et constitue un problème de santé publique. Les maux sont connus : pesticides, gigantisme agricole, soumission aux marchés financiers, destruction de l’emploi et des fermes. Il est temps d’engager la bifurcation agroécologique. Elle seule pourra permettre à la population de se nourrir et aux paysans de vivre dignement de leur travail.
Mesure clé
Instaurer une agriculture relocalisée, diversifiée et écologique et créer 500 000 emplois agricoles
- Garantir des prix rémunérateurs aux producteurs en instaurant des prix planchers pour les agriculteurs, et créer une caisse de défaisance pour reprendre les dettes agricoles des exploitants qui se sont convertis au 100 % bio
- Garantir aux agricultrices et agriculteurs le droit à une retraite digne en engageant une réforme du système de protection sociale agricole
- Refondre la politique agricole commune (PAC) : orienter les aides publiques agricoles pour favoriser la production écologiquement soutenable, l’intensité en main-d’œuvre des exploitations et le développement des protéines végétales
- Conduire une réforme agraire pour encourager la création de nouvelles exploitations à taille humaine en renforçant les possibilités de préemption des terres en faveur de l’installation des nouveaux paysans
- Mettre en place un plan de protection généralisée du foncier agricole, forestier et naturel en vue de mettre en œuvre le « zéro artificialisation nette » (ZAN) des sols dans l’Hexagone
- Instaurer un protectionnisme écologique pour tenir compte des conditions de production : appliquer la « clause de sauvegarde » pour interdire l’importation de produits contrevenant aux normes sanitaires ou environnementales nationales, tout en fixant un prix minimum d’entrée pour lutter contre la concurrence déloyale
- Plafonner le prix des produits alimentaires en fixant des coefficients multiplicateurs et en encadrant les marges des industries agroalimentaires et de la grande distribution
- Développer les circuits courts pour réduire le transport des marchandises et le suremballage
- Protéger nos produits du terroir de la concurrence internationale en sanctuarisant les moyens d’action de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO), qui délivre l’appellation d’origine protégée (AOP) et l’indication géographique protégée (IGP)