L'Avenir en commun
Le programme de la Nouvelle France

Partie 4 – Le goût du futur : aux nouvelles frontières de l’humanité

Chapitre 2 : Élever le niveau d’éducation et de savoirs

Éradiquer l’illettrisme et développer l’alphabétisation

Les difficultés de lecture touchent un adulte sur dix, les empêchant d’être autonomes dans la vie quotidienne. C’est près de 4 millions de personnes dans l’Hexagone : un tiers vit dans les espaces ruraux et six sur dix sont des femmes. En Outre-mer, 25 % des personnes sont concernées. De plus en plus de démarches s’effectuant uniquement en ligne, les personnes illettrées perdent peu à peu l’accès à leurs droits et ne parviennent même plus à régler leurs factures ou à se déplacer. Nous voulons éradiquer enfin l’illettrisme.

Mesure clé

Éradiquer l’illettrisme pour les jeunes sortis du système scolaire et les adultes à l’horizon 2032

  • Développer les structures d’alphabétisation et les cours de langue française pour les personnes non francophones
  • Créer un service public de lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme et soutenir les programmes associatifs d’accompagnement
  • Proposer une formation gratuite aux personnes en situation d’illettrisme
  • Mener de grandes campagnes d’information et de sensibilisation à l’illettrisme chaque année, former les agents des services publics à sa détection
  • Séparer clairement les dispositifs destinés aux personnes en situation d’illettrisme de ceux destinés aux personnes allophones pour orienter chacun vers la formation qui lui correspond

Reconstruire une école globale pour l’égalité et l’émancipation

Une des grandes conquêtes sociales du siècle passé aura été d’arracher les enfants aux violences de l’usine pour les accueillir à l’école publique. Mais l’école publique, laïque et gratuite, qui est une des clés du progrès social et humain, sort terriblement affaiblie d’une vingtaine d’années marquées par des politiques destructrices. Il faut reconstruire l’école de l’égalité et de l’émancipation, une école dans laquelle tous les élèves sont capables d’apprendre, et qui œuvre à la bifurcation écologique et à la 6e République. Pas de Nouvelle France sans école globale.

Mesure clé

Assurer la gratuité réelle de l’éducation publique, y compris de la cantine, du transport, des activités périscolaires, des manuels et des fournitures

  • Reconstruire l’école publique :
    • Réduire partout les effectifs par classe pour faire mieux que la moyenne européenne de 19 élèves par classe en donnant la priorité aux maternelles et aux classes des actuels réseaux d’éducation prioritaire (REP)
    • Reconstituer les viviers de professeurs remplaçants, afin de mettre un terme au scandale des 15 millions d’heures de cours non assurées chaque année par manque d’enseignants
    • Étendre la scolarité obligatoire à 18 ans
    • Mettre en place une véritable politique d’éducation prioritaire en refondant la carte de l’éducation prioritaire en fonction des besoins
    • Construire un service public national du périscolaire, en lien avec les communes, fondé sur la gratuité, animé par des personnels formés, titulaires de la fonction publique
  • Tourner la page du désastre macroniste :
    • Abroger le « choc des savoirs »
    • Mettre fin au « pacte enseignant »
    • Rétablir le diplôme national du baccalauréat, abroger les contre-réformes du lycée, de la voie professionnelle et du collège
    • Mettre fin à l’expérimentation de l’uniforme
    • Sortir du tout numérique pour un usage raisonné et réfléchi de cet outil, consacrer un droit à la déconnexion des élèves et des personnels
  • L’égalité pour toutes et tous :
    • Instaurer une nouvelle version de la carte scolaire pour lutter contre la ségrégation socio-scolaire
    • Assurer un égal accès aux diverses options et langues, de l’école élémentaire au lycée
    • Construire et maintenir des écoles, collèges et lycées publics à taille humaine, afin de garantir l’accès à une école publique à moins de 15 minutes du domicile, et investir dans les équipements sportifs scolaires
    • Renforcer l’éducation à l’égalité, contre le sexisme et les discriminations, dans les programmes scolaires
    • Intégrer l’enjeu écologique dans les programmes de la maternelle au lycée et introduire de nouveaux enseignements pratiques
    • Permettre à toutes les familles d’accéder gratuitement aux dispositifs de type « devoirs faits », de l’école au lycée
    • Introduire le droit à la seconde chance en matière d’orientation
  • Refonder la relation entre l’État et les établissements privés sous contrat :
    • Renforcer le contrôle et le pilotage publics des établissements privés sous contrat en refusant tout intermédiaire dans le dialogue entre ces derniers et l’État
    • Abolir les privilèges de l’enseignement privé en interdisant les subventions d’investissement facultatives des collectivités et en abrogeant la loi dite « Carle »
    • Appliquer un malus au financement public des établissements privés sous contrat contribuant à la ségrégation socio-scolaire

Disposer d’une communauté éducative complète et solide

Sous Macron, les ministres de l’Éducation se sont succédé à un rythme effréné – pas moins de huit depuis 2017. Ils ont concentré leurs attaques contre le service public de l’éducation et ses fondements en le livrant au marché. La précarité des personnels se généralise, alors que la protection des élèves suppose des équipes stables aux compétences reconnues. L’école doit aussi permettre aux élèves de s’investir dans des missions d’intérêt général et de se préparer à devenir des citoyens.

Mesure clé

Rattraper le gel du point d’indice depuis 2010 et revaloriser les grilles salariales en engageant une négociation avec les organisations syndicales

  • Protéger les élèves :
    • Renforcer partout les effectifs de la vie scolaire (assistants d’éducation, assistants pédagogiques, conseillers principaux d’éducation) et des personnels sociaux et de santé (médecins et infirmières, psychologues scolaires, assistantes sociales), notamment pour lutter contre le harcèlement
    • Former l’ensemble des personnels scolaires et périscolaires à la prévention et à la détection de toutes les formes de violences contre les enfants et du harcèlement scolaire
    • Supprimer les stages obligatoires en classes de troisième et de seconde, sans suivi pédagogique, facteurs de discriminations et sans garantie pour la sécurité des élèves
    • Fournir les moyens réels pour assurer à tous les élèves en collège et lycée les trois séances annuelles d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS) prévues par la loi ; ces séances incluront les problématiques liées au consentement, à l’orientation sexuelle, à l’identité de genre et à la lutte contre les LGBTIphobies
    • Interdire toute intervention des fondations « philanthropiques » des entreprises ou associations de défense de leurs intérêts à l’école, rompre la convention entre le Mouvement des entreprises de France (Medef) et l’Éducation nationale
  • Reconnaître l’expertise enseignante et revaloriser l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale :
    • Adopter un plan pluriannuel de recrutement pour l’ensemble des concours, avec un dispositif de pré-recrutement au métier d’enseignant favorisant l’accès des jeunes de tous les milieux sociaux
    • Créer des écoles universitaires des métiers de l’éducation, renforcer la formation initiale et continue des personnels, en intégrant notamment une solide formation à la sociologie de l’éducation, aux pédagogies, à toutes les formes de difficultés scolaires, à la psychologie de l’enfant et de l’adolescent ainsi qu’à la lutte contre les discriminations
    • Structurer une filière complète des métiers de l’éducation du certificat d’aptitude professionnelle (CAP) à bac + 5
    • Mettre fin aux techniques du nouveau management public (indicateurs, contrôle, évaluation permanente) et réaffirmer la liberté pédagogique des enseignants
    • Créer un véritable service public d’accompagnement du handicap, avec un nouveau corps de personnels fonctionnaires, mettant fin à la mutualisation des accompagnantes d’élèves en situation de handicap (AESH)
    • Titulariser l’ensemble des personnels contractuels de l’Éducation nationale
  • Faire de l’école le levier de la bifurcation écologique et démocratique :
    • Rénover le bâti scolaire, afin de permettre son adaptation au changement climatique et de garantir la sécurité de chacun face aux risques sanitaires, sociaux et environnementaux (désamiantage, sanitaires propres, végétalisation des espaces notamment)
    • Permettre aux élèves de participer activement à la vie de l’établissement dès l’école primaire, et étendre le droit de réunion et d’association pour les lycéennes et lycéens
    • Créer un statut de « parents d’élèves délégués »

Qualifier tout le monde

L’élévation continue du niveau de qualification des travailleuses et des travailleurs est essentielle. La bifurcation écologique nécessite des qualifications de pointe à tous les niveaux et dans tous les secteurs. Il est donc impératif de penser conjointement les offres de formation initiale et de formation tout au long de la carrière, en cohérence avec les objectifs écologiques et sociaux du pays. Nous voulons reconstruire les filières publiques d’enseignement professionnel, aujourd’hui dévastées. Elles sont une voie d’excellence dans laquelle étudie un tiers de la jeunesse du pays.

Mesure clé

Augmenter le nombre de classes et de lycées professionnels et agricoles publics

  • Créer des centres polytechniques professionnels de la formation initiale et continue
  • Démarchandiser la formation continue
  • Rétablir l’encadrement public de la création de centres de formation des apprentis (CFA)
  • Interdire les diplômes privés professionnels
  • Rétablir le baccalauréat professionnel en quatre ans, abroger les contre-réformes du lycée professionnel, renforcer les enseignements professionnels et généraux, supprimer les nouvelles périodes de stage pour privilégier les cours en atelier
  • Protéger les cursus courts dans l’enseignement supérieur et encourager la poursuite d’études après un baccalauréat professionnel ou technologique (actuels brevet de technicien supérieur (BTS) et bachelor universitaire de technologie (BUT) qui seront transformés en licences universitaires de technologie (LUT), licences professionnelles)
  • Structurer les filières professionnelles qui répondent aux besoins de la bifurcation écologique et agricole et les préserver des lobbys agro-industriels
  • Redonner et développer les moyens humains et financiers de formation aux lycées agricoles publics en les fléchant prioritairement dans les déserts d’enseignement public
  • Permettre l’accès et la gratuité des places d’internat aux étudiants et apprentis mineurs, sous condition de ressources et pour les plus éloignés des lieux d’apprentissage
  • Réinstaurer un service public national de l’orientation
  • Réserver la taxe d’apprentissage aux établissements publics à tous les niveaux
  • Renforcer le service public de formation continue des adultes en consolidant le rôle des groupements d’établissements publics locaux d’enseignement (Greta), lieux d’accueil de proximité du réseau public unifié de qualification tout au long de la vie

Être une grande nation scientifique

Le développement et le rayonnement scientifiques sont un pilier de notre indépendance et de notre épanouissement à l’ère des incertitudes écologiques. La France doit demeurer une nation du savoir scientifique. L’internationalisme humaniste, auquel nous aspirons, s’écrit aussi dans des coopérations scientifiques.

Mesure clé

Rehausser le niveau d’investissement public dans la recherche

  • Financer des plans généraux de thèmes de recherche sur des secteurs d’avenir
  • Revenir au principe du recrutement sur statut de chercheur ou d’enseignant-chercheur à l’issue du doctorat
  • Développer des universités plus ouvertes sur la société avec des services chargés d’organiser le lien entre les chercheurs et la population, dans un esprit de diffusion des savoirs et de réflexion citoyenne sur leurs usages
  • Supprimer l’Agence nationale de la recherche (ANR) et renforcer les grands instituts publics de recherche (Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), Institut de recherche pour le développement (IRD), etc.), garants des recherches d’intérêt général
  • Supprimer le crédit impôt recherche au profit de dotations récurrentes à hauteur des besoins des universités et instituts de recherche ; garantir leur indépendance afin de libérer la recherche du poids des lobbys
  • Mettre fin aux partenariats universitaires avec des entreprises ou institutions impliquées dans des crimes de guerre, des génocides ou des écocides
  • Créer un service public de la publication scientifique pour permettre aux citoyens et aux universités d’accéder gratuitement aux articles des chercheurs sans enrichir les revues et bases de données privées, œuvrer à l’extension de ce principe au niveau international
  • Favoriser l’accès libre aux revues scientifiques francophones

Refonder et ouvrir l’enseignement supérieur

Précarité des étudiants, doctorants et jeunes diplômés, manque de places, sélection à l’entrée, atteintes aux libertés académiques et étudiantes, concurrence entre établissements et entre chercheurs pour des financements insuffisants et aléatoires : c’est dans l’enseignement supérieur que les conséquences de la marchandisation et du démantèlement du service public de l’éducation sont les plus avancées. Tout est à reconstruire pour que prévale la coopération.

Mesure clé

Garantir à tous les bacheliers l’accès sans sélection à la formation de leur choix en démantelant le système Parcoursup et restaurer le droit à la poursuite d’études en master

  • Instaurer la gratuité de l’enseignement supérieur, de la licence au doctorat, quelle que soit la nationalité des étudiants
  • Rétablir l’égalité d’accès aux aides au logement pour l’ensemble des étudiants, y compris étrangers
  • Supprimer la contribution de vie étudiante et de campus (CVEC) et financer à la hauteur des besoins les centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous) comme service public de la vie étudiante
  • Mettre fin à la précarité des contractuels et jeunes chercheurs par la titularisation des personnels effectuant des missions pérennes et par un plan pluriannuel de recrutement de titulaires dans toutes les catégories
  • Redonner à l’enseignement supérieur et à la recherche les moyens nécessaires à leur bon fonctionnement en les fondant sur des financements pérennes et en augmentant le budget des universités ; planifier les créations d’emplois et la construction de nouveaux établissements à partir d’une cartographie des besoins
  • Supprimer le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres), refonder une vraie démocratie universitaire et confier le suivi et le cadrage de la recherche et de l’enseignement supérieur aux pairs élus dans les instances nationales et locales
  • Abroger la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) et celle dite « Fioraso » ; réaffirmer le caractère national du service public de l’enseignement supérieur (cadre national des diplômes, statut des établissements et des personnel, etc.)
  • Réinstaurer le monopole de l’État sur l’attribution des grades et diplômes universitaires, renforcer le contrôle pédagogique de toutes les formations privées et mettre fin aux subventions publiques non conditionnées ou déguisées au privé
  • Interdire le caractère lucratif des écoles privées de l’enseignement supérieur (actionnariat, cotation en Bourse)
  • Lancer un grand plan pour l’immobilier universitaire, incluant la construction, la rénovation et la mise en accessibilité de laboratoires, d’amphithéâtres et lieux de vie sociale, citoyenne et étudiante
  • Augmenter drastiquement le nombre de psychologues au sein des universités et renforcer les services de santé pour assurer un accès gratuit aux soins (dentaires, gynécologiques, etc.) à l’ensemble des étudiants

Créer une conscription écologique pour le secours collectif

Le service national universel (SNU), mis en place par Emmanuel Macron, a été aussi coûteux qu’inutile. Il a été le théâtre de harcèlements, d’agressions sexuelles, de racisme et de punitions collectives intolérables. Il a fini par être abandonné, le gouvernement actant ainsi son échec. Son remplaçant, le service militaire volontaire (SMV), ne va pas non plus dans le bon sens. Long de dix mois, sous-payé : seuls les jeunes les plus précaires pourraient se résoudre à s’y enrôler. Nous proposons à la place un service citoyen obligatoire avant l’âge de 25 ans, rémunéré au SMIC revalorisé pendant neuf mois, participant à l’accompagnement des jeunes dans leur orientation, et ouvrant de nouveaux droits : formation, bilan de santé, permis de conduire. Ces jeunes pourront s’ils le souhaitent, après leur service citoyen, intégrer une garde régionale de la sécurité civile, notamment pour être certains de pouvoir venir en renfort efficace des équipes permanentes dans les épisodes de crise.

Mesure clé

Instaurer une conscription citoyenne écologique

  • Mettre en place une conscription citoyenne de neuf mois, dont la principale tâche sera d’aider à l’adaptation de notre société aux crises liées au bouleversement climatique (secours aux personnes, sécurité civile, protection et réparation de l’environnement, appui à des associations labellisées d’intérêt général, appui à la population en cas de crise sanitaire) ; elle comprend également une formation militaire initiale (avec droit d’objection de conscience)
  • Proposer aux personnes volontaires disposant d’une formation professionnelle ou de compétences rares, comme dans le domaine cyber, d’être versées dans les services de défense ; celles-ci ne pourront pas être envoyées à l’étranger et ne seront pas casernées
  • Intégrer dans cette conscription un bilan de santé et une évaluation des capacités d’écriture, de lecture et de calcul, avec mise à niveau si nécessaire. Elle comprendra aussi une formation gratuite à la conduite et le passage de l’examen du permis de conduire
  • Abroger le service militaire volontaire
  • Créer une garde nationale et régionale sous commandement civil, composée de la réserve de sécurité nationale, de la réserve de sécurité civile, de la réserve citoyenne et des jeunes en service citoyen obligatoire ayant souhaité intégrer l’une de ces réserves
Couverture de l'Avenir en commun édition 2027

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