Partie 4 – Le goût du futur : aux nouvelles frontières de l’humanité
Chapitre 5 : Entrer en mer sans saccage
Protéger les mers et océans
L’Océan commun est aujourd’hui en danger. La biodiversité marine se dégrade, du fait du dérèglement climatique et des conséquences immédiates de l’activité économique humaine, notamment de la surpêche, de la pollution plastique. Il est urgent de protéger les mers des tensions militaires et du pillage. Il est nécessaire de sanctuariser les écosystèmes marins.
Mesure clé
Œuvrer à l’approfondissement d’un droit international de la biodiversité marine, notamment dans les grands fonds
- Proposer d’accueillir la deuxième COP « Océans » en France en 2028
- Lancer un programme international de dépollution des mers et de l’Océan (récupération des déchets plastiques, équipements des littoraux en stations d’épuration, etc.) en commençant par la mer Méditerranée et les Outre-mer français
- Augmenter le niveau de protection des aires marines protégées (AMP) et en créer de nouvelles, notamment en haute mer
- Mettre fin aux accords de pêche inégaux, qui détruisent les écosystèmes et privent les populations riveraines de leurs moyens de subsistance
- Lutter contre les pratiques de pêche illégales et empêcher la réautorisation de la pêche électrique ; en finir avec les pratiques de pêche destructrices et les engins trop peu sélectifs
- Interdire l’usage des 12 milles côtiers aux navires usines et les réserver progressivement aux pratiques de pêche durables et aux pêcheurs artisans
- Allouer les quotas de pêche et les subventions selon des critères sociaux et environnementaux ; renforcer la définition du lien économique réel avec le territoire exigé
- Mettre en place un moratoire sur les projets de fermes-usines de saumons et favoriser une aquaculture soutenable
- Mettre en place un plan de lutte contre les marées de sargasses dans les Antilles et contribuer à élaborer un plan d’action international pour lutter contre le problème à la source
- Défendre un moratoire sur les forages en Méditerranée et sur l’extraction minière en eaux profondes
- Interdire les prélèvements massifs de sable marin pour le secteur de la construction et lutter contre son extraction illicite à l’échelle nationale et internationale
- Lutter contre l’acidification des océans et la multiplication des « zones mortes » dépourvues d’oxygène en commençant par une alliance pour la sauvegarde de la mer Méditerranée
Être à la hauteur de la responsabilité maritime française
Avec le deuxième territoire marin du monde, la France est une puissance maritime qui s’ignore. La mer est pourtant une source formidable d’activité et d’emploi dans la bifurcation écologique qu’exige notre époque. Mais les technologies marines sont délaissées par les pouvoirs publics. Pour la France pourtant, le futur a le goût de la mer.
Mesure clé
Déployer l’éolien en mer, posé et flottant, pour atteindre au moins 45 gigawatts de puissance installée en 2050, ainsi que les énergies marines renouvelables (EMR), comme l’hydrolien ou l’énergie de la houle, dans le cadre du plan de bifurcation énergétique
- Tenir le cap de la planification maritime intégrée pour concilier production d’énergie, exigences des usagers de la mer et protection de la biodiversité
- Renforcer la maîtrise publique des acteurs stratégiques de l’éolien maritime, si nécessaire par des nationalisations, par exemple des activités de GE Vernova (ex-Alstom)
- Investir plus fortement l’Organisation maritime internationale (OMI) pour soutenir l’objectif de neutralité carbone du transport maritime en 2050 et l’amélioration des conditions sociales des marins à l’échelle internationale
- Mettre en place un plan de décarbonation de la marine marchande, faire de la France le leader du développement de la propulsion vélique et des propulsions moins polluantes
- Défendre les emplois de marins contre la concurrence déloyale, le dumping social et la Commission européenne (remorquage portuaire, construction et entretien des parcs éoliens maritimes, transports de passagers dans la Manche, la Méditerranée ou entre la Corse et le continent, etc.)
- Réformer le système de taxation des armateurs, y compris la taxe au tonnage, pour mettre fin aux abus ; privilégier le pavillon français et l’investissement écologique
- Relancer les ports français et moderniser les infrastructures portuaires dans une logique multimodale mer-rail-fluvial d’électrification, de décarbonation et de soutien aux énergies renouvelables ; favoriser le débarquement des marchandises de transit européen dans les ports français de Marseille et du Havre
- Refuser le grand projet « canal Seine-Nord » tourné vers les ports du nord de l’Europe, et lui préférer le développement du port du Havre
- Soutenir la construction de navires publics et d’intérêt public (scientifique, services publics, militaire et d’approvisionnement stratégique) dans les chantiers navals français
- Poursuivre la cartographie détaillée de l’espace maritime français, en collaboration avec le service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM), ainsi que le travail de reconnaissance internationale à travers le programme français d’extension du plateau continental
- Mettre les moyens français comme la Marine nationale au service de l’application du droit international de la mer et du nouveau traité sur la haute mer
- Augmenter en conséquence les moyens de surveillance, de protection et de sécurisation effective de notre domaine maritime, de son écosystème et de ses axes stratégiques
- Redevenir une puissance polaire : augmenter les moyens de la recherche française dans les régions polaires, faire aboutir la reconstruction des stations de recherche en Antarctique et la construction d’un brise-glace en soutien à la recherche océanographique
Forger une culture maritime humaniste
L’Océan mondial relève de l’intérêt général humain. Il ne sépare pas les êtres humains, mais il les lie au contraire plus fortement ensemble, comme l’atteste le droit de la mer s’agissant du droit au secours. Il est donc l’affaire de toutes et tous.
Mesure clé
Créer en France un institut Océan de l’université des Nations unies et le doter d’un navire-université pour l’enseignement et la recherche
- Faire de la France le leader mondial de la recherche et de l’éducation dans le secteur maritime
- Lancer un « Erasmus de la mer » avec des échanges entre enseignants et étudiants français, européens et francophones pour un partage des savoirs et savoir-faire
- Créer un lycée de la mer dans chaque département maritime (y compris dans les Outre-mer)
- Développer une culture de la mer dans toute la société en s’assurant, notamment, que chaque enfant participe à une « classe de mer » au moins une fois au cours de sa scolarité
- Développer la formation professionnelle dans le domaine des nouvelles techniques de pêche, d’aquaculture et d’algoculture durables au service de la bifurcation écologique et renforcer la formation de marins français
- Proposer la construction de la première station sous-marine permanente dérivante sur le modèle de la station spatiale internationale