Partie 4 – Le goût du futur : aux nouvelles frontières de l’humanité
Chapitre 3 : Humaniser par la culture et le sport
La bifurcation dans les arts et la culture : pour un service public du progrès humain
La culture a été bien malmenée ces dernières années : tantôt traitée comme une simple marchandise dont il faudrait subventionner la consommation, tantôt reléguée à un statut « non essentiel » pendant la crise sanitaire, et désormais prise en étau entre la censure de l’extrême droite et celle des logiques commerciales. Nous défendons, au contraire, une politique publique des arts et de la culture forte, où chacune et chacun d’entre nous peut s’exprimer, s’impliquer, et développer un rapport sensible et critique au monde, sur l’ensemble du territoire national. Il y a nécessité de faire confiance aux travailleurs et travailleuses de l’art. Vecteurs d’altérité et d’émancipation, les arts et la culture sont le cœur du progrès humain.
Mesure clé
Porter la dépense publique consacrée à l’art, à la culture et à la création à 1 % du produit intérieur brut (PIB) par an pour mener une politique culturelle ambitieuse, émancipatrice et à l’image de la France d’aujourd’hui
- Adopter une loi pour démanteler et empêcher la formation de monopoles privés contrôlant la création et la diffusion artistiques
- Reprendre les grands travaux culturels pour remédier à l’inégale répartition territoriale des structures de création, d’enseignement, de diffusion et de mémoire artistiques et culturelles
- Renouer avec des financements pérennes pour les structures et associations culturelles, ainsi que pour la création et la programmation artistiques, fondés sur la diversité des formes, des récits et des artistes soutenus
- Étendre la gratuité à tous les musées et les bibliothèques, garantir une tarification abordable dans les institutions publiques et encadrer les tarifs abusifs des cinémas et autres lieux privés (salles de concert, lieux d’exposition, etc.)
- Faire de l’audiovisuel public le premier financeur du cinéma français, revoir la chronologie des médias en cohérence et créer une médiathèque en ligne publique et gratuite avec une plateforme de vidéo à la demande
- Lancer un plan d’envergure pour la diversité et l’indépendance dans l’édition et renforcer les moyens du Centre national du livre (CNL)
- Créer un centre national du jeu vidéo et renforcer la filière publique de formation dans ce domaine
- Garantir aux joueuses et aux joueurs la propriété et l’accès durable aux jeux qu’ils achètent, qu’ils soient physiques ou numériques, et soutenir les initiatives s’opposant à la disparition des jeux physiques
- Abolir tous les privilèges fiscaux liés au mécénat culturel et mettre fin à la mainmise des grandes fortunes et entreprises sur les arts et la culture
- Lutter activement contre les discriminations de genre et d’origine ainsi que toutes formes de violences sexuelles, racistes et pédagogiques qui persistent dans les arts et la culture, y compris dans l’accès aux postes de création, de direction, d’administration et de programmation
- Instituer un « domaine public commun » pour financer la création nouvelle, constitué d’une redevance sur l’usage commercial des œuvres tombées dans le domaine public
- Améliorer le régime des intermittents du spectacle sur la base de l’accord professionnel de 2023, faciliter l’ouverture des droits, notamment pour les primo-cotisants et personnes en rupture de droits, et l’étendre aux autres professions culturelles et événementielles discontinues, comme les « extras » de l’hôtellerie-restauration et les guides-conférenciers
- Mettre en place de véritables droits sociaux pour les artistes-auteurs, notamment grâce à un système de continuité de revenus financé par une hausse de cotisation des diffuseurs, d’élections professionnelles adaptées et d’instances de démocratie sociale représentatives de ces professions
- Encadrer les intelligences artificielles génératives culturelles en distinguant leurs usages commerciaux et non-commerciaux, et mettre en place des accords de rémunération équitables pour les créateurs dont l’œuvre est utilisée
Le sport et les corps libérés de l’argent
Alors que la France a accueilli les Jeux olympiques sur son sol, de nombreux clubs de sport amateurs mettent la clé sous la porte et des territoires entiers sont sous-dotés en infrastructures sportives. Pourtant, le sport est un loisir, un espace d’épanouissement autant qu’un impératif de santé publique. L’inactivité physique tue dix fois plus que les accidents de la route chaque année. Mettons fin au sport business et développons le service public du sport : il est urgent de mettre des moyens au service de l’intérêt général pour un sport émancipateur et libéré de l’argent.
Mesure clé
Favoriser la gratuité des activités sportives, en priorité pour les populations les plus pauvres
- Renforcer le financement du sport amateur en augmentant la taxation sur les retransmissions sportives à la télévision et en créant une taxe sur les transferts
- Interdire toute multipropriété dans le sport professionnel
- Démocratiser la gestion des fédérations sportives en assurant la souveraineté des licenciés sur leur fédération et en valorisant davantage le bénévolat
- Assurer un vrai développement du sport féminin pour lutter contre les inégalités d’accès à la pratique sportive et aux postes d’encadrement, instaurer la parité dans la retransmission télévisuelle des grands événements sportifs et étendre leur diffusion sur des chaînes publiques
- Renforcer l’accessibilité aux équipements sportifs des personnes handicapées et développer partout une offre de pratiques sportives adaptées
- Redonner les moyens de mener une politique sportive ambitieuse, notamment en déployant et en renforçant les conseillers techniques et sportifs (CTS) sur tout le territoire
- Mettre en place un plan national d’urgence pour la construction et la rénovation des équipements sportifs, notamment des équipements publics de proximité dédiés aux pratiques libres (piscines, salles d’escalade, salles de remise en forme, pistes de skate, etc.)
- Cesser la criminalisation des supporters et mettre fin aux atteintes aux libertés publiques et aux expérimentations sécuritaires comme la reconnaissance faciale
- Réguler les paris sportifs, notamment en interdisant leur publicité
- Organiser la mise en place réelle, à la fois contrôlée et évaluée, d’un plan d’action, de formation et de sensibilisation sur les violences sexistes, racistes et LGBTIphobes dans le sport pour garantir l’inclusion de toutes et tous dans les pratiques sportives et réaffirmer le refus catégorique des tests de féminité
Éduquer par le sport et la culture
Le sport et la culture sont des leviers majeurs d’émancipation et de construction de soi. En la matière, le rôle de l’école est central, en particulier pour les enfants qui n’ont pas accès aux pratiques sportives et culturelles en dehors de ce cadre. Face aux inégalités qui persistent, l’école doit être le lieu des premières rencontres avec des disciplines diversifiées. L’éducation par le sport et la culture commence dès le plus jeune âge et continue tout au long de la vie.
Mesure clé
Créer une association sportive et culturelle dans tous les établissements scolaires du premier degré pour rendre gratuite et accessible la pratique de ces activités encadrées par des professionnels
- Mettre en place un plan national pour l’éducation artistique et culturelle, ainsi que pour l’éducation populaire tout au long de la vie, en réorientant les moyens du pass Culture vers des projets collectifs à l’école, en renforçant l’enseignement artistique public et associatif dans tous les domaines et en développant l’éducation aux images et aux nouveaux médias
- Renforcer la place de l’éducation physique tout au long de la scolarité en améliorant la formation des professeurs des écoles et en garantissant quatre heures hebdomadaires d’éducation physique et sportive (EPS)
- Consacrer l’apprentissage de la natation dans le cadre scolaire en le rendant obligatoire et en remédiant au manque d’infrastructures
- Assurer un financement pérenne de la filière des sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) pour garantir des conditions d’études et de recherche décentes en formation publique
- Donner aux écoles supérieures d’art, tous domaines confondus, les moyens adéquats pour assurer la spécificité de leurs enseignements, revenir sur les récentes fermetures d’établissements, harmoniser les statuts des personnels de l’enseignement artistique
- Garantir aux étudiants d’écoles d’art les mêmes droits que dans le reste de l’enseignement supérieur